Diaryatou Bah : on a volé mon enfance

On a volé mon enfance

Diaryatou Bah a été excisée à l’âge de 8 ans. Animatrice dans un centre d’insertion sociale, présidente d’Excision, parlons-en ! et militante féministe, elle a fait de son expérience un combat. Pour éradiquer une pratique qu’elle trouve profondément injuste. «Je n’ai jamais oublié ce jour-là, ce que j’ai ressenti, les cris de douleur que j’ai poussés.» Diaryatou Bah avait 8 ans quand elle a été excisée dans son pays natal, la Guinée. Aujourd’hui, la jeune femme a 33 ans. En cette Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, elle fait partie des organisatrices d’un événement spécial à la Maison de crowdfunding, à Paris. Expositions, prises de paroles et débats sont prévus toute la journée autour des mutilations sexuelles.

On m’a volé mon enfance retrace la lutte bouleversante d’une jeune Guinéenne pour sa survie et son identité. A l’âge de quatorze ans, Diaryatou a été mariée de force. On lui promet un futur époux attrayant, qui soutiendra financièrement sa famille et, surtout, qui lui donnera la possibilité de gagner la Terre promise : l’Europe. En réalité, son mari est un marabout polygame qui la bat et l’entraîne dans le monde des clandestins. Devenue esclave domestique et sexuelle, elle vit dans une solitude extrême, en Hollande puis en France, dont elle parle mal la langue et où elle se sent déracinée. A dix-huit ans, après la perte de son troisième bébé, Diaryatou fuit son mari et se retrouve à la rue, sans ressources. Impossible de rentrer en Afrique, elle serait disgraciée. Avec le soutien dissociations, le long processus d’intégration en France se met en route. Une voix de femme qui s’attaque sans concession au poids de la coutume, à l’indifférence de sa famille, et prouve que  » France, terre d’accueil  » n’est pas une vaine expression.

Mariama Kallo : victime de son mari

Défenestrée après 23 coups de couteau, Mariama Kallo, 32 ans, tuée par son mari MERCREDI 10 JANVIER 2018 La femme de 32 ans est morte fin décembre, victime de 23 coups de couteau par son époux et défenestrée du 4ème étage de leur appartement, cité de l’Amitié, à Montreuil. Orpheline, mère d’une fille de deux ans restée en Guinée, Mariama est décrite comme une battante mais peu connue de son quartier. Portrait posthume. “Le vendredi matin, jour de sa mort, elle avait appelé plusieurs personnes de la famille. Elle nous disait : ‘il va me tuer’. Comme si elle savait que ça allait arriver”. Ces mots sont ceux de sa tante, Nene Aye Bayo. Mariama Kallo, 32 ans, mère d’une fille de deux ans et demi, se sentait en danger et ce depuis plusieurs mois déjà. Son mari la battait. En novembre, elle avait déjà déposé une main courante au commissariat. La jeune femme avait été hospitalisée avec des plaies au nez et au front mais avait refusé de porter plainte. Plus d’un mois plus tard, dans la nuit du vendredi 29 au samedi 30 décembre, elle est défenestrée par son mari du haut du quatrième étage de l’immeuble où ils habitaient, à la cité de l’Amitié, dans le quartier Branly-Boissière de Montreuil après avoir reçu 23 coups de couteaux. Des voisins rapportent que c’est bien lui qui l’a poussée. Il a été écroué mardi 2 janvier et mis en examen pour meurtre par conjoint. “Mariama, c’était l’espoir de la famille“ La petite Oumou ne reverra plus jamais sa mère. Mariama Kallo était arrivée en France il y a seulement un an et demi, sans son enfant, l’ambassade de France à Conakry ne lui ayant pas accordé de visa. Mariama était l’aînée d’une grande fratrie de huit enfants, trois frères et cinq sœurs. Le cadet de la famille est encore en bas âge. “Mariama, c’était l’espoir de la famille. C’était une battante“, nous raconte, sous le choc, Nene Aye Kallo, sa petite sœur de 20 ans qui vit en Guinée. “Elle nous envoyait des choses par colis, un ordinateur, un téléphone et des habits pour sa fille”, précise-t-elle, les larmes dans la voix. Des présents qui lui ont valu des coups supplémentaires de la part de son mari, selon sa tante maternelle, chez qui elle a vécu pendant deux ans en Guinée. Issue d’une famille peu aisée, Mariama Kallo travaillait à Conakry dans des salons de coiffure et avait fait du babysitting dans une famille libanaise. Elle n’avait pas eu la chance de poursuivre des études et veillait sur ses petits frères et sœurs depuis le décès de leur père en 2006, puis de leur mère en 2009, dans un accident de la circulation. “Elle devait donner l’argent qu’elle gagnait à son mari” En France, c’est dans des hôtels qu’elle travaillait du matin au soir, elle y faisait le ménage. “Elle devait donner l’argent qu’elle gagnait à son mari, rapporte sa tante. C’était un mariage arrangé”. Mariama avait épousé un cousin du côté paternel, de 18 ans son aîné. Âgé de 50 ans, il avait pu venir en France bien avant elle. Ils avaient vécu éloignés l’un de l’autre pendant des années. “Quand Mariama l’a rejoint, elle se plaignait qu’il la faisait souffrir, qu’elle faisait tout à sa place. Le problème chez nous, c’est que la coutume dit qu’une femme doit toujours se soumettre“, regrette Nene Aye Bayo. La famille décrit Mariama comme une personne joviale, très gentille, une femme sans prétention, qui aimait faire rire les enfants. Ses proches la surnommaient “Mimi”. Ils voyaient en elle une fille courageuse et dévouée. “Quand elle vivait chez moi, elle nettoyait très tôt la maison le matin, avant que je sois levée, sans rien demander. Et elle faisait le marché le weekend”, se souvient sa tante. Mariama était aussi quelqu’un de spontanée et très pieuse. Musulmane, elle faisait la prière cinq fois par jour et n’avait pas manqué de rattraper son jeûne du Ramadan après sa grossesse. “Un jour, toi, tu vas tuer ta femme“ À la cité de l’Amitié, on la connaissait mal. Elle était là depuis trop peu de temps. “Elle travaillait beaucoup et faisait tout pour s’en sortir“, confie Marianne, une voisine à l’origine du “Collectif Mariama” créé pour rendre hommage à la défunte. En revanche, les voisins connaissaient trop bien ses cris, ceux qu’elle poussait sous les coups de son mari. Les jeunes du quartier racontent l’avoir déjà prévenu : “Un jour, toi tu vas tuer ta femme“. Ils étaient déjà montés au quatrième au moins une fois pour dire au mari d’arrêter de frapper Mariama. Le soir du drame, ils n’ont rien pu faire. Les fenêtres fermées du local mis à la disposition des jeunes à l’entrée de la cité ont, semble-t-il, étouffé les bruits. Aucun voisin n’a bougé, n’a osé s’interposer, mais plusieurs ont appelé les forces de l’ordre. “La police a mis 45 minutes à arriver alors qu’ils ne sont qu’à cinq minutes en voiture“, déplore Rachida, une voisine de l’immeuble en face. Les habitants de la cité sont en colère, une colère qu’ils ont laissé éclater, samedi soir, face aux élus de la mairie venus au repas organisé par les riverains, à la mémoire de Mariama. “On a vécu ce drame seuls. Qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce que vous faites là maintenant, vous êtes venus manger nos gâteaux ?” a tempêté un jeune du quartier. Marche en hommage à Mariama Il faut dire que le corps sans vie de Mariama est resté pendant neuf heures au pied de l’immeuble. Pour qu’il ne demeure pas à la vue de tous, un voisin aurait jeté un drap dessus. Au-delà de leur exaspération, les habitants de la cité ont le sentiment d’êtres laissés pour compte. “Les pompes funèbres ont été appelées sept fois dans la nuit. Elles avaient moins de personnel pendant la période des fêtes et ont été débordées”, tente d’expliquer Belaïde Bedreddine, adjoint au maire de Montreuil et vice-président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Patrice Bessac, le maire de la ville, a depuis saisi le préfet de Seine-Saint-Denis, Pierre-André Durand, pour exiger une “enquête au plus vite” afin que “toute la lumière soit faite” sur les conditions de levée du corps de Mariama. En réponse, la préfecture a indiqué qu’une procédure judiciaire est en cours et précise que le service funéraire intervient sur réquisition d’un officier de police judiciaire. Mercredi, les voisins de Mariama et les membres de sa famille présents en France participeront au cortège silencieux pour lui rendre hommage. Elle n’est pas la première victime d’un homme violent à Montreuil. “C’est la troisième marche organisée depuis mars 2014 pour des féminicides dans le cadre de violences conjugales“, indique l’adjointe au maire Riva Gherchanoc. En France, en 2016, selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, 123 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint. Thomas CHENEL

Oumou Diallo : tuée par son mari

Belgique : Un Guinéen soupçonné d’avoir assassiné sa femme mis aux arrêts Par Bassamba Diallo- jeudi, 15 février 2018 C’est dans la ville de Liège situé à 100 kilomètres de Bruxelles, plus précisément dans la commune de Wandre que le corps sans vie de la jeune femme Oumou Diallo., âgée d’environ 25 ans a été retrouvé par la police hier mercredi matin 14 février 2018. Originaire de la sous-préfecture de Kankalabé dans la préfecture de Dalaba, le corps de la jeune femme a été retrouvé enterré dans le jardin familial. Les proches de la famille contactés par Guinéenews© affirment qu’une violente dispute a éclaté au sein du couple il y a deux semaines, exactement la nuit du 30 janvier 2018. Une médiation par les proches avait été engagée la même nuit pour ramener le calme au foyer. Le mari qui était à l’origine de l’altercation avait promis qu’il avait compris les conseils qu’on lui avait prodiqués et que les médiateurs peuvent rentrer chez eux. Deux jours plus tard, soit le 1er février 2018, le mari a contacté ses proches qui avaient fait la médiation pour leur annoncer que sa femme avait pris la fuite et qu’elle avait disparu de la maison depuis la nuit de la dispute. Furieux que le mari ait attendu deux jours pour leur annoncer la nouvelle de la disparation de la femme, proches et amis lui ont sommé d’aller ensemble avec lui faire la déclaration à la police. Depuis le 1er février, la police était sur les enquêtes qui ont conduit hier à 7 heures du matin à la découverte du corps de la mère de famille enterré dans le jardin familial. Aussitôt, la police a procédé à l’arrestion du mari qui reste l’unique et le principal suspect dans ce drame familial. Originaire aussi de Kankalabé, le mari avait mobilisé les amis et proches pendant deux semaines pour l’aider à retrouver sa femme et il se rendait tous les jours à la police pour avoir des nouvelles de l’enquête, selon ses amis interrogés par Guinéenews©. Visiblement, il faisait tout cela pour brouiller les pistes et se faire passer pour un innocent selon les enquêteurs. Les premiers éléments de l’autopsie indiquent que la victime a reçu plusieurs coups de couteau qui pourraient être la cause de sa mort. Le président des ressortissants de Dalaba en Belgique, Sadio Baldé nous a fait savoir que les familles en Guinée ont été informées de la triste nouvelle et qu’il attend l’autorisation de la police pour récupérer le corps. L’ambassadeur de la Guinée en Belgique, Dr Ousmane Sylla, au micro de votre quotidien électronique, a déploré la situation et a exprimé sa compassion pour la famille de la victime. Il affirme qu’il est en contact avec la police et qu’une délégation de son staff devrait se rendre à Liège pour assister la famille et prendre les dispositions nécessaires comme toujours. La victime quant à elle, laisse derrière elle, deux petits garçons de 20 mois et de 7 mois. La jeune femme a été poignardée le 30 janvier, par son compagnon qui est actuellement entre les mains de la police pour l’enquête. Oumou, une femme de plus dans la longue liste des femmes mortes sous les coups de leur conjoint. En France, en 2016, 123 femmes sont mortes, victimes de leur conjoint, petit ami ou compagnon, soit une tous les trois jours. En Belgique les associations féministes fédérées par la plate-forme Mirabal Belgium ont mis en lumière jeudi les 38 femmes tuées en 2017 en Belgique à cause de violences machistes. Pour que ce meurtre ne soit pas vite oublié et pour la mémoire d’Oumou, un rassemblement citoyen est organisé le dimanche 4 mars 2018 à 14h, place Saint-Lambert à Liège , Les associations qui luttent pour les droits de la femme en Belgique et en France participeront à ce rassemblement. Les membres de la communauté Guinéenne vivant en Belgique, ainsi que toutes personnes pour qui l’égalité entre femmes et hommes reste un combat de tous les jours sont les bienvenues. Parce que la violence ne peut être justifiée par aucun argument, parce qu’il y a trop de femmes qui meurent sous les coups de leur compagnon partout dans le monde, Une véritable prise de conscience pour l’élimination des violences faites à certaines femmes guinéennes qui vivent à l’étranger s’impose. Au-delà de ce terme, il y a une autre réalité. La difficulté pour ces femmes, victimes d’agressions et de violences, de se faire entendre. Pour certaines communautés culturelles comme la notre, d’énormes pressions sont réservées aux femmes qui désirent se séparer de leur conjoint : la femme fera vivre le déshonneur à toute sa famille. Longtemps, ce phénomène vieux comme le monde est passé sous silence. C’est une affaire privée dont personne ne veut se mêler .Pour cause, les victimes sont diabolisées par les partenaires du coup, elles sont accusées diffamées, injuriées, harcelées et marginalisées par ceux qui soutiennent le mari violent. Soyons solidaires, aidons, dénonçons et surtout sauvons celles qui appellent à l’aide. Réagissons pour éviter d’avoir plus de femmes tuées dans les foyers.

Aicha Touré : décède lors de son accouchement suite aux coups de son mari

En Afrique : Aicha Touré. Famille Saidos Touré et N’na Marie Diop parents de la défunte Aicha Touré remercie toutes les personnes qui ont manifestées leur marque de sympathie suite au décès de leur fille Aicha Touré. Par ailleurs il s’est avéré que la défunte était toujours victime de violence conjugale. En effet son époux ne cessait de la battre même étant enceinte. La maltraitance et le mauvais traitement a été le lot de cette adorable fille de bonne éducation et de bonne famille. L’hémorragie après l’accouchement à été donc consécutive aux violences subit par la défunte par son époux. Pour ce faire, la violence domicile étant puni et condamnée par la loi, la famille Touré autorise toute personne : amis, parents, sympathisants et défendeur des droits de la femme et des violences faites sur les femmes de descendre dans les rues et de manifester leur indignation pour que justice soit faite, pour que ce mari criminel soit arrêté et jugé.

EXCISION: UNE NOUVELLE CONSULTATION OUVRE A PARIS

Une nouvelle consultation

Une nouvelle consultation spécialisée a ouvert ses portes à l’Hôtel-Dieu à Paris. Elle doit notamment permettre aux familles de ressortissants de pays où sévit ce fléau d’obtenir un certificat médical incontestable afin de pouvoir demander l’asile en France, explique Isabelle GILLETTE-FAYE, directrice de la Fédération nationale des Gams (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles). La Croix : À qui est destinée la nouvelle consultation spécialisée de l’Hôtel-Dieu ? Isabelle Gillette-Faye : Cette consultation a été créée au sein de l’Unité médico-judiciaire (UMJ) qui, depuis des années, a développé une expertise incontestable en matière d’examen gynécologique des enfants victimes de violences sexuelles. Sur un plan médical, les petites filles dont on soupçonne qu’elles peuvent être victimes de mutilations génitales y sont donc accueillies de façon optimale. Le rendez-vous dure quarante-cinq minutes, l’examen de l’enfant est fait de la façon la plus délicate possible. Et en sortant, les familles bénéficient d’un certificat incontestable. Y avait-il jusqu’ici un problème de constat médical ? I. G.-F. : Oui, on soupçonnait facilement les familles d’avoir soudoyé un médecin de leur connaissance en vue, ensuite, d’obtenir l’asile en France. Il faut bien voir que la protection de ces petites filles se heurte aux politiques migratoires. En effet, sur le papier, les familles dont un enfant est en danger de subir des mutilations génitales dans son pays d’origine peuvent demander l’asile en France. Une jurisprudence de 2001 de l’ancienne Commission des recours des réfugiés a posé ce principe. Sont concernés notamment les ressortissants des pays où la tradition d’excision est forte comme le Mali, la Guinée Conakry, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, l’Égypte, etc. Cela ne signifie pas que l’asile est accordé systématiquement à une famille qui en fait la demande car l’examen reste fait au cas par cas. Et un certificat médical est demandé afin de prouver que la mère ou l’une de ses filles est excisée afin que l’asile soit prononcé pour protéger les cadettes. Cette jurisprudence se heurte néanmoins à la réticence du ministère de l’intérieur. Celui-ci estime qu’il y a un risque de fraude à la demande d’asile. Depuis une circulaire de 2017, prise par l’ancien ministre de l’intérieur Gérard Collomb, un certificat médical simple ne suffit plus. Il doit être émis à la suite d’un examen médico-légal. La consultation de l’Hôtel-Dieu répond à cette exigence, et d’autres devraient suivre auprès d’autres UMJ en régions. Combien de petites filles sont victimes d’excision en France ? I. G.-F. : Aujourd’hui, 75 000 petites filles sont sous protection de l’Ofpra. Pour le reste, les derniers chiffres disponibles datent de 2006. Selon cette dernière estimation, 60 000 femmes qui résident sur le territoire ont subi une excision. Il est intéressant de constater que ces femmes refusent, majoritairement, l’excision pour leurs propres filles. En effet, seules 11 % de leurs filles ont subi une forme de mutilation sexuelle féminine et 30 % risquent d’en subir. Aujourd’hui, le risque principal concerne surtout les adolescentes lors des retours dans leurs pays d’origine pendant les vacances. Avec 14 associations, nous allons d’ailleurs profiter, ce 6 février, de la « Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines » pour lancer une troisième campagne de prévention à destination de ces adolescentes qui vivent en France. Nous allons notamment lancer une campagne d’affichage, y compris en partenariat avec la RATP et/ou les Aéroports de Paris, afin que ces jeunes filles puissent voir des messages de prévention sur le chemin de l’aéroport.

Excision : l’abandon de la pratique est un bon choix

L’abandon de la pratique “est un bon choix”, déclare HAWA BALLO. Pour protéger les filles contre les dangers liés à l’excision, Hawa Ballo a abandonné la pratique. Âgée d’une cinquantaine d’années, elle se concentre aujourd’hui sur le maraîchage dans sa localité à Dioïla, région de Koulikoro. ( La région de Koulikoro est divisée en sept cercles – Banamba, Dioïla, Kangaba, Kati, Kolokani, Koulikoro et Nara – regroupant 108 communes.) Selon elle, sa nouvelle occupation est moins rentable que l’excision, mais elle pense avoir fait le bon choix.

L’excision : une double abomination

Tout comme les sacrifices humains ou l’esclavage, les mutilations génitales et l’excision en particulier sont inacceptables. Quoi qu’en disent certains comme Tariq Ramadan, de telles pratiques ne sont en aucun cas des composantes tolérables de la culture ou de la tradition mais sont des crimes, toujours et partout, des atteintes à notre universelle humanité. Cela devrait être une évidence, il faut hélas le rappeler : ici ou ailleurs, hier ou aujourd’hui, l’excision est une abomination, et à double titre. Abomination par la souffrance causée et la mutilation infligée aux victimes. Mutilation physique, d’autant plus terrible qu’elle frappe l’intimité par excellence, et cherche à priver de la capacité d’accéder à cette intimité. Mutilation psychologique, qui atteint le plus atroce lorsqu’elle conditionne des femmes l’ayant subie et devenues mères à la faire subir à leurs propres filles, à vouloir rendre infirmes celles qu’elles devraient au contraire protéger et encourager vers leur plénitude. Mutilation collective, perversion des rapports entre les hommes et les femmes et du rapport de tous à la sexualité, qui gangrène immanquablement une société. J’admire le courage et la détermination de celles qui surmontent cette mutilation pour se construire une vie saine, complète, et qui luttent pour éviter que l’on fasse à d’autres ce qui leur a été infligé à elles. Elles méritent tout notre soutien. Abomination, aussi, par tout ce que cette pratique et son acceptation révèlent. Vouloir exciser les filles est la marque d’un rapport profondément vicié à la féminité, et donc au réel, tout comme d’ailleurs vouloir castrer psychologiquement les garçons est la marque d’un rapport profondément vicié à la masculinité, et donc au réel. La peur ou la haine du clitoris, donc du plaisir et du désir féminins, se manifeste là avec une brutalité particulière, extrême, sanglante. Elle n’est cependant pas fondamentalement étrangère à la peur ou la haine du pénis, donc du plaisir et du désir masculins, l’une et l’autre se rejoignant dans le rejet pathologique d’une part fondamentale, fondatrice et nécessaire de notre humanité. La liberté des femmes de pouvoir vivre leur féminité dans son intégrité est aussi l’affaire des hommes (et de ceux/celles qui ne se reconnaissent dans aucun de ces deux termes), car c’est un impératif moral qui s’impose à tous et à chacun. Le théorème de Pythagore n’est pas relatif Il ne s’agit pas de tout condamner en bloc dans les cultures qui ont pratiqué ou pratiquent encore l’excision, de la même manière que l’abomination de l’esclavage n’ôte rien à la grandeur de l’antiquité hellénistique. Mais il ne s’agit pas non plus de prendre prétexte de cette nuance nécessaire pour défendre l’indéfendable ! Peu osent défendre ouvertement les mutilations génitales, mais beaucoup trop s’emploient à saper les fondations qui légitiment notamment la lutte contre ces horreurs. Nous ne pouvons pas admettre que la condamnation indispensable de l’excision soit fragilisée par le relativisme moral (qui n’est que le masque de la démission éthique) au nom de l’ouverture à l’Autre, n’en déplaise au planning familial des Bouches-du-Rhône. Tout n’est pas relatif. Le théorème de Pythagore a été découvert et formulé par un mystique grec, pourtant ce n’est pas une construction sociologique patriarcale occidentalo-centrée, mais une vérité. Le traitement contre le paludisme de Tu Youyou, qui lui a valu le prix Nobel, est inspiré de la pharmacopée chinoise traditionnelle mais son efficacité n’est ni féministe ni sino-centrée, elle est, simplement. Et la létalité d’une forte dose d’arsenic n’est pas non plus affaire de point de vue. De même, il existe de nombreuses manières de tendre vers le Bien, mais il existe aussi le Mal. La distinction est parfois difficile, tant notre regard est influencé par notre culture et notre vécu, tant nous pouvons avoir la tentation de croire mauvais ce qui n’est qu’étrange ou étranger. Mais nous ne devons pas oublier les erreurs et tentations inverses : la séduction de l’exotisme qui fait accepter l’inacceptable, la crainte d’être injustement intolérant qui fait tolérer l’intolérable

NICE NAILANTEI LENG’ETE, la militante maasaï qui a sauvé des milliers de fillettes de l’excision.

Elle s’est sauvée de sa cérémonie d’excision avant de sauver plus de 16.000 filles de cette pratique. Voilà son combat depuis dix ans. Nice Nailantei Leng’ete parle plutôt de vocation. Rencontre.

Elle a 28 ans et fait partie des 100. La militante maasaï a été classée par le Time Magazine dans son prestigieux top 100 des personnalités les plus influentes de la planète en 2018. De son village Kimana, au sud du Kenya, aux pupitres des Nations Unies, Nice Nailantei Leng’ete s’engage contre les mutilations génitales féminines. Elle a huit ans la première fois qu’elle dit « non » à l’excision. À cet âge, l’enfant refuse ce destin de fillette excisée, mariée aussitôt, et enceinte dans la foulée. Elle a, déjà et trop de fois, été témoin de cérémonies d’excision et de scolarités interrompues. L’orpheline s’enfuit avec sa sœur. Elles cherchent, ensemble, à rejoindre une tante qui habite à 70 kilomètres du village. Mais des hommes de leur communauté, dont un de leurs oncles, les rattrapent, les menacent, les frappent. Nice Nailantei Leng’ete va s’échapper une seconde fois et se réfugier chez son grand-père. Sa sœur, effrayée, ne la suit pas.

Parce qu’elle a aussi dit « non » pour 16.000 fillettes, l’ambassadrice internationale de l’Amref Flying Doctors, première ONG de santé publique d’Afrique, est imprimée sur papier glacé de l’hebdomadaire américain, invitée à témoigner avec éloquence devant le public TED, applaudie par toutes sortes d’assemblées politiques, d’Espagne aux Pays-Bas. Nice Nailantei Leng’ete accepte sa mission de speakeuse, de rôle modèle, parce qu’elle n’est pas que ça. Elle est présente sur le terrain, sur les terrains d’Afrique, et sur le terrain digital, suivie par une communauté d’adolescentes sur ses réseaux sociaux. Elle informe, forme, et ce matin de notre rencontre, force notre respect.

Marie Claire : Lorsque vous vous êtes réfugiée chez votre grand-père pour fuir l’excision, que lui avez-vous dit pour qu’il accepte de vous protéger ?

Nice Nailantei Leng’ete : Je lui ai dit que toutes mes amies qui ont été excisées ont dû se marier rapidement après. Que d’autres en sont mortes. Donc que je ne veux pas être mutilée, car si je dois me marier ou en mourir, je ne pourrais pas aller à l’école. Je lui ai dit que c’était tout ce qui m’intéressait : poursuivre mes études.

Comment a-t-il réagi ?

Mal. Ça n’a pas été facile. Mon grand-père est un « ancien » dans notre communauté, et les personnes âgées au village respectent consciencieusement les normes culturelles. J’ai fini par lui assurer que je m’enfuirais s’il m’obligeait à subir l’excision. Que je deviendrais une enfant de la rue, que je ne reviendrais jamais. C’est à ce moment-là qu’il a décidé de m’apporter son soutien.

Seul votre grand-père vous a soutenu ?

Mes oncles ont voulu me forcer à être excisée, pour « ne pas faire honte à la famille ». Mais j’avais mon grand-père, et aussi ma sœur, qui a accepté d’être excisée pour que moi, je puisse être libre. C’est pour elle et pour lui que j’ai décidé de m’engager dans ce combat.

Et vous vous êtes engagée au point de convaincre le conseil des anciens de bannir l’excision, et de mettre au point un nouveau rite, un rite « alternatif de passage à l’âge adulte ». De quoi s’agit-il ?

Nous remplaçons l’excision par l’éducation. Avec le rite alternatif de passage à l’âge adulte, les filles sont considérées comme des jeunes femmes, sans passer par le rite de la mutilation génitale féminine. C’est une formation durant laquelle les membres de la communauté masaaï apprennent leurs droits d’enfants face au mariage forcé, aux mutilations sexuelles, aux conséquences de l’excision. La formation est suivie d’une cérémonie [Nice Nailantei Leng’ete en tenue traditionnelle pendant la cérémonie ci-dessous, ndlr], pendant laquelle les filles formées reçoivent la bénédiction des leaders culturels du village, qui leur souhaitent, non pas d’avoir des enfants et de s’en occuper, mais de poursuivre leurs études et de devenir celles qu’elles rêvent d’être.

La cérémonie est donc entièrement repensée, mais elle demeure.

Oui. Nous avons pensé qu’il ne fallait pas se défaire de toute une culture mais de la pratique de l’excision. Notre culture nous apprend la générosité, l’amour, le vivre-ensemble. Elle est positive et ne s’enseigne nulle part ailleurs. Mais une culture qui contraint les filles à se marier avant leur majorité, qui ne leur offre pas la possibilité d’être scolarisées, doit être modifiée.

Combien de temps dure la formation des jeunes filles et de leurs proches ?

Trois, quatre, cinq ans… Jusqu’à ce que la famille décide par elle-même. Pendant des années, nous allons lui parler quasiment tous les jours, maintenir le dialogue, expliquer et re expliquer les dangers de l’excision. Le tout premier rite alternatif de passage à l’âge adulte a eu lieu au bout de cinq ans de conversation. Pour changer les mentalités, désancrer les traditions, il faut du temps et beaucoup de patience. Et vous avez procédé ainsi avec 16.000 familles ? Exactement. Depuis 10 ans maintenant. Les 16.000 filles qui n’ont pas eu à subir l’excision sont le résultat d’une décennie de combat. Imaginez-vous ces rites alternatifs de passage de fille à femme comme une solution à plus grande échelle ? Ce qui fonctionne dans une communauté, une culture, ne marche pas forcément pour une autre. Je ne crois pas que les rites alternatifs de passage à l’âge adulte soient la solution miracle pour tous les pays qui pratiquent les mutilations génitales. Mais je voyage de village en village, je rencontre des communautés. Quand nous habilitons une population, celle-ci peut alors s’inspirer du modèle kenyan. Je me déplace pour montrer que ça peut marcher, pour donner de l’espoir. Je crois en l’importance de rôles modèles dans lesquelles les jeunes filles peuvent se mouvoir. Et vous, quel a été votre rôle modèle ? Michelle Obama. J’aime sa façon de défendre avec passion les droits des filles et des femmes. J’aime ce qu’elle dégage, elle est solide. J’aimerais moi aussi m’engager en politique et faire des plaidoyers pour l’instauration de meilleures politiques en faveur des femmes et des filles. Via la politique on peut négocier, participer à la prise de décision, être encore plus influente. Comment va votre sœur ? Et votre grand-père ? Ma sœur et moi sommes les meilleures amies du monde. Et mon grand-père va bien, il vit toujours au village. Quant à mes oncles, ils ne m’aiment toujours pas. Mais est-ce grave

Marie-Claire 22/02/2019